Le Divorce : un risque d’isolement social et de fragilisation économique pour les femmes

Le divorce engendre souvent un lourd fardeau économique, particulièrement pour les femmes. Derrière la dissolution d’un couple se cache fréquemment un processus d’appauvrissement, qui expose les femmes à un isolement social croissant. Des conséquences à long terme, très lourdes - en particulier pour les mères et les femmes âgées- qui expliquent comment le divorce peut affecter les liens sociaux, le bien-être et la capacité à s’en sortir.

woman carrying baby
Photo by Jenna Norman / Unsplash

Un droit qui devrait permettre l'émancipation, et pourtant...

En France, le divorce est un droit acquis après la Révolution française. Autorisé en 1792, il est cependant à nouveau abrogé pendant la période de la Restauration, puis restreint par le régime de Vichy. Le divorce par consentement mutuel n'est autorisé qu'en 1975 et doit permettre aux femmes de s’émanciper de l’institution du mariage, d’être libres.
Pourtant, la note de “l’Observatoire de l’émancipation économique des femmes” du 14/03/2024 nous montre que s’émanciper d’un mariage ne libère pas des inégalités femmes-hommes.
Les femmes après une séparation ou un divorce continuent de s’occuper des enfants et elles en paient le prix, financier, social et professionnel.

Le divorce désigne la dissolution du mariage civil prononcée par jugement ou conclu par acte d’avocat·e enregistré chez un·e notaire.

💡 On retient que :

  • En France, près d'un mariage sur deux aboutit à un divorce
  • 20% des femmes basculent dans la pauvreté au moment du divorce contre 8% des hommes.
  • 22% de perte de niveau de vie pour les femmes, contre 3% pour les hommes.
  • Les mères et les femmes âgées doublement impactées : Le taux de pauvreté des femmes avec enfants atteint ainsi 34% VS un taux de pauvreté général en 20208 de 13,9%. Les femmes de plus de 60 ans connaissent, elles, une chute de revenus de 31%.
L'INFO 🤯
Deux ans après leur divorce,
le niveau de vie des femmes reste encore inférieur de 14% à celui de l’année précédant la séparation. Le niveau de vie des homme connait, lui, une augmentation de 1,6% ! 😶

Un processus d'appauvrissement qui prend ses racines dans le mariage

En réalité, le divorce n'invente rien. On constate une fragilisation économique progressive des femmes tout au long de leur mariage.
En moyenne, les femmes vivant en couple hétérosexuel gagnent 42 % de moins que leur partenaire. À titre de comparaison, cet écart n’est que de 9 % chez les femmes et les hommes célibataires.
L’inégale répartition des tâches parentales joue un rôle déterminant dans ces disparités. Près de 40 % des femmes modifient leur activité professionnelle après la maternité, que ce soit par un changement de statut, d’horaires, une réduction du temps de travail, voire un retrait complet du marché de l’emploi.
En moyenne, les nouvelles mères connaissent une baisse de 25 % de leurs revenus dans les cinq années suivant la naissance. Pour les femmes aux salaires les plus bas, cet écart peut atteindre jusqu’à 40 %. Ces adaptations du temps de travail ( et de salaire, et de droits à la retraite) augmentent avec le nombre d'enfants.

Les femmes deviennent, dans les faits, « la variable d’ajustement de toute la famille » - Lucile Quillet, journaliste et essayiste, extrait de son essai « Le prix à payer », Les liens qui libèrent, 2021.
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BON À SAVOIR
Le calcul de l'impôt s’effectue à la suite de l’application de deux mécanismes : le quotient conjugal et le quotient familial. Le mécanisme de quotient conjugal consiste pour un couple pacsé ou marié à être imposé conjointement. Par défaut, le même taux de prélèvement est appliqué aux deux membres du couple. Ce mécanisme n’a pas le même impact selon que les revenus au sein du couple sont égaux ou au contraire inégaux
Plus équitable, le choix d'un taux individualisé est une option peu répandue et peu connue. Pour choisir cette option, il faut se connecter à son espace particulier sur impots.gouv.fr, et l'activer dans l'espace "Gérer mon prélèvement à la source".

La séparation : une épreuve à fort impact social

L'isolement post-divorce s’accentue lorsque la justice ne parvient pas à rétablir une véritable égalité économique entre les ex-époux.
Après un divorce, la résidence principale des enfants est fixée chez la mère pour 75% des décisions. C'est souvent le résultat d’un accord entre les parents (80% des cas) , les pères étant peu demandeurs de la résidence des enfants.
82% des familles monoparentales ont donc à leur tête une femme et doivent vivre avec un seul salaire. Les conséquences sur les loisirs et sur le temps passé avec d'autres gens sont évidentes.
Les politiques publiques ont progressé pour permettre aux femmes d’obtenir le paiement des contributions alimentaires impayées, notamment avec la mise en place de l’Agence de Recouvrement des Pensions Alimentaires Impayées (ARIPA) mais là encore, il faut rappeler qu'afin d’obtenir ce recouvrement, c’est aux mères d’engager des démarches juridiques longues et qui demandent un investissement fort. Au-delà du coût financier, il y a un coût psychologique important.

On tend la main aux copines !

Le divorce n'est pas seulement une rupture amoureuse, c’est aussi un moment crucial où le lien social des femmes peut être mis à l'épreuve. Cependant, avec un soutien adéquat il est possible de reconstruire ces liens et d’offrir aux femmes les moyens de se relever.
Sans attendre des politiques publiques qui renforcent les réseaux de soutien pour les mères isolées et les femmes âgées divorcées, nous pouvons, individuellement, proposer un peu d'aide à nos voisines, à nos copines : faire quelques courses, prendre les enfants en charge une soirée... afin de leur permettre de retrouver un équilibre et de sortir de l'isolement.

On vous alerte au prochain épisode !